Rencontre avec Philippe Brosse – peintre (2013)

Rencontre avec Philippe Brosse – peintre (2013)
janvier 14, 2017 Veronique Herbaut

Philippe Brosse

Philippe brosse. Quoi qu’il dessine aussi, ou plutôt, il suit les méandres de sa plume gorgée d’encre de Chine. Sinon, il peint, et n’a jamais fait que cela. Son père cuisinait, son fils aussi avec des pigments, des onguents et des alcools rares. C’est du surdéterminisme avec une pointe de génétique.

Son adresse ne s’invente pas : Les Horsins d’Ici (sic). 4, rue Daubigny, place du Singe en hiver, Villerville (www.philippe-brosse.com). Ouf, quel programme ! « Horsins » pour « Oursins », « d’ici » car Philippe est normand quand bien même est-il né dans le 21ème arrondissement de Paris. « Daubigny » rend hommage aux peintres paysagistes père et fils qui plantèrent, en pionniers, leurs chevalets dans ce village improbable qu’est Villerville. Un trou de mouettes en cul-de-sac. Un village paradoxal dressé à l’extrême pointe d’un éperon rocheux creusé par les premiers habitants pour en extraire la roche et construire leurs chalets sur ce dôme désormais précaire. Enfin, peut-on encore ignorer qu’Henri Verneuil tourna, en 1962, à Villerville rebaptisé « Tigreville », l’adaptation inspirée du roman : Un singe en hiver d’Antoine Blondin ?

Un tel lieu rend philosophe, contraint à sonder la nature des choses et les choix de sa nature. Il convient de se faire violence pour accoucher des sujets légitimes qui s’égrèneront en séries révélatrices. Philippe peint avec aplomb les à-pics des falaises. La fougue, l’expression et la passion tempèrent le lessivage, l’exaspération et le vide du face à soi dans l’atelier à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Philippe métamorphose les aigrettes en danseuses étoiles du ratier mais rêvera à jamais de la vue dont elles jouissent en piqué sur la baie et jusqu’à la crevette repérée du ciel. C’est pourquoi ses œuvres lorgnent sur le hors champ, et la maturité venue, avec les aspects mâtinés comme patinés du hors nature que d’aucuns nommeront « incongru » par effroi. Autrefois, Philippe fut locataire d’une tour aux allures de phare à l’extrémité de la station. Il garde une nostalgie féroce de cette tour d’ivoire aux prises avec les quatre éléments.

Il a croqué un temps d’onctueuses pâtisseries puis des crânes crânes, autant de vanités qu’il fond parfois ou confronte en diptyques ou triptyques pour solliciter la vibration du temps comme du spectateur. D’autres fois, il a tiré le portrait d’une suite de chaises musicales puis de capiteux fauteuils, à mi-chemin entre Andy Warhol et Henri Matisse. Les chaises électriques du premier, le bon fauteuil analogue à la peinture réconfortante du second. Philippe brosse et comme les faux timides, il semble plus à l’aise dans les vastes espaces sollicitant l’ensemble de son corps. Dans ce domaine, il a signé des décors pour la Locomotive, boîte de nuit attenante au Moulin-Rouge ou pour une mise en scène de Marc François au Théâtre de la Bastille.

Philippe a l’esprit combatif et l’âme contemplative. Dans ses vertes années, il a pris part à un collectif déterminé à faire du passé, table rase. Depuis qu’il ne secoue plus le cocotier, il peint les pommiers de Villerville aux fûts déformés par le vent. Il ressuscite sur toiles comme d’autres en rêvant, les traits de femmes dont il a perdu la trace et parfois jusqu’au souvenir. – Des femmes du sud en hiver, précise-t-il, pince-sans-rire. N’a-t-il pas résidé en Écosse et arpenté longuement le Mali ? À moins qu’il s’agisse de femmes hibernant dans sa mémoire. – Dans le fond, je crois aux bons génies de la mer. L’attention portée à une palourde justifie une vie de peintre et je m’acharne souvent davantage à restituer un trait de lumière sur un silex que sur un profil perdu. Il m’est arrivé de m’interdire de peindre une nouvelle pomme par peur de l’overdose…

Je me souviens d’une sainte Thérèse de Lisieux au regard laser. Une commande pour une récente exposition et une des trois seules œuvres de celle-ci imprégnées de la foi de la carmélite plutôt qu’ayant opté de charrier platement son iconographie saint-sulpicienne. Parfois, Philippe fouaille les effigies de poètes : Alphonse Allais, Paul Verlaine, Alain Bashung. Il n’est pas impossible qu’au fond des criques, on le surprenne parfois à faire la cour à des murènes ou à converser avec les mânes de Jean Gabin éructant à Suzanne Flon : – Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l’ivresse !

Généreux, Philippe ouvre les portes de son atelier à des expositions d’amis. Les peintres Sophie Mary ou Ralf Altrieth, les sculpteurs : Thomas Psalmon, Florence Salagnac ou Jean-François Berry, le photographe : Pascal Aguttes et le graveur : Maurice Maillard. Gourmand, il cumule vernissage et finissage avec happenings divers : les jazzmen du Cecyl Quartet, le magicien Bernard Fillaire ou le luthier Roman Cedron. Les samedi 19 et dimanche 20 octobre 2013, Philippe Brosse et son compère Bill Leyshon seront les artistes invités du 7ème Salon du Livre & de la Gourmandise de Livarot. Vous n’oublierez plus ce nom : Philippe Brosse.

© Benoît NOËL

Brosse
Brosse Moulieres Villerville