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Les Arts en Seine
janvier 23, 2016 damir

Les Arts en Seine – Le paradis des Impressionnistes

Les Arts en Seine – Le paradis des Impressionnistes : La Grenouillère, le Bal des Canotiers, la Maison Fournaise

de Benoît NOËL et Jean HOURNON :

Les Presses Franciliennes, Paris, 2004 (30 Euros).

Les Presses Franciliennes sont distribuées par Rue Bleue Diffusion, 10 rue Bleue, 75009 Paris

Tél : 01 47 70 59 82

Ce livre est une version refondue et augmentée de La Seine au temps des Canotiers des mêmes auteurs désormais épuisé.

 

 

La Grenouillère de Croissy
Dès 1830, les peintres de Barbizon font du village de Bougival (Seine & Oise), leur annexe aquatique estivale. Ce faisant, Célestin Nanteuil, Louis Français, Théodore Rousseau, Gustave Courbet, Camille Corot ou Honoré Daumier contribuent à lancer la mode du canotage à la nonchalante. La Grenouillère, oasis de verdure, grande comme un mouchoir de poche, devient le point de ralliement des loups d’eau douce (flambards et chicards à la pointe de la mode), des nageurs naturistes et autres danseurs chahuteurs de 1857 à 1928. On y fuit la ville tentaculaire, l’industrialisation galopante, et l’on vient se délasser au vert pour une partie de campagne, via les trains de plaisir, dans les guinguettes débordant d’asperges d’Argenteuil, de carottes de Croissy et de vin bleu de Suresnes non taxé comme à l’intérieur de la capitale. En 1869, Claude Monet et Pierre-Auguste Renoir immortalisent sur toiles ce bain froid de pleine eau et inventent le paysage impressionniste francilien. Guy de Maupassant évoque également son improbable mélange d’aristocrates et de rapins (peintres) farceurs dans ses nouvelles. Il y cultive personnellement ses rêves de croisière et sa nostalgie de la mer, et lorsqu’il est trop oppressé, il rame en bonne compagnie (fille d’Alexandre Dumas, veuve de Georges Bizet…) dans sa direction…

En 1866, galants et cocottes jouent des coudes pour parader sur le minuscule îlot de la Grenouillère, dit l’Île de Saint-Caleçon, le Pot à Fleurs ou le Camembert et Gérôme (vraisemblablement Albéric Second ou Anatole France) consigne dans L’Univers Illustré : « Voilà ce que le gandinisme parisien a fait de la Grenouillère de Bougival, une plage comme une autre où l’on change de costume cinq fois par jour et où l’on ne pourra se rendre dorénavant sans emporter le volumineux bagage qu’il faut à un homme à la mode pour fouler le sable des plages aristocratiques de la Normandie ». Puis en 1876, le graveur belge Félicien Rops confie dans une lettre à un ami : « Quant à Bougival et à la Grenouillère, cela reste toujours de 7 1/2 heures du soir à minuit une des choses les plus adorables qui soit. Cela vaut tous les Dieppe et Trouville du monde comme plage fantastique. Les femmes restent couchées dans l’herbe en peignoir rose, bleu, et quelles femmes ! Les plus jolies du plus joli dixième du monde. On n’effarouche que la bonne vieille morale… »

Le Bal des Canotiers de Bougival
Concurrent direct du Bal des canotiers de la Grenouillère, à compter de 1870, le Bal de Bougival siégeait également dans l’île. Il bénéficiait de la proximité d’un grand nombre de guinguettes agrestes. Si Renoir y peint Suzanne Valadon abandonnée dans les bras de Paul Lhôte, la mère de Berthe Morisot déconseille, en vain, à sa fille de le fréquenter (« On dit que c’est un rendez-vous très agreste d’un monde très léger et que si l’on y va seul on revient au moins deux »). À partir de 1895, le bal est animé par Joseph Oller, le créateur du Moulin-Rouge et tout Montmartre y accourt, Jane Avril en tête, suivie de la Goulue et Valentin le désossé. Dans une salle de bal rebaptisée «dancing», Fréhel sera la dernière étoile à s’y produire peu avant la seconde guerre mondiale. Sous peu, le jazz remplacera la java réfugiée sur les bords de Marne…

La Maison Fournaise de Chatou
Si l’on danse aux bals susdits, l’on régale ses papilles au Restaurant Fournaise de Chatou, sis à quelques volées de rames, dans la même île de la Seine depuis 1857. Madame Fournaise mitonne d’incomparables matelotes et fritures de Seine, poulets fermiers et tartes aux pommes arrosées de « bischoff ». Monsieur Fournaise loue une « chambre meublée » à Guy de Maupassant et soigne ses yoles, longues barques effilées pour trois à six rameurs et une barreuse de confiance. Pendant ce temps, sa fille, Alphonsine pose pour Edgar Degas, Renoir, ou Maurice Réalier-Dumas. Fermé en 1907 et réouvert en 1990, le Restaurant Fournaise, toujours festif, accueille une clientèle internationale. Juste à côté, un Musée retrace l’histoire de ce formidable lieu de mémoire.

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