Benoît NOËL et ses amis

Devenir Distillateur: Matthieu Frécon et Christophe Bouvet (2013)
février 1, 2016 damir

Devenir Distillateur

Pour toutes questions pertinentes et impertinentes sur l’Art de la Distillation, la Spagyrie ou l’Alchimie, un seul site de référence :

http://www.devenir-distillateur.com/

animé par l’infatigable Matthieu FRÉCON.

En octobre dernier Matthieu m’invitait à suivre un stage de distillation chez Christophe BOUVET (Ferme du Vastel), près de Cherbourg dans le Cotentin (Manche). Le bouche-à-oreille étant la meilleure des publicités, on se rue aux stages de Matthieu. À preuve, un participant n’avait pas hésité à rallier en vélo depuis Bruxelles, la Ferme du Vastel (Theurthéville-Bocage). Il est vrai que cette ferme cidricole exsude un franc feng shui. Christophe Bouvet est sorti de l’AOC récemment : – Tu comprends, je refuse toute levure effervescente, souffre ou acide citrique. Matthieu, goguenard lui propose de mettre du citron en lieu et place d’acide citrique. – Ah, non, quand même pas, j’en mets volontiers dans ma Fleur de sureau mais dans le cidre, faut pas abuser quand même. Matthieu insiste : – Mais pourquoi non ? moi personnellement, j’essayerai le citron… Il est comme ça, Matthieu, il n’aime pas les sentiers balisés et défriche à tout va. Il confère deux jours durant sans consulter une note mais dort en toute saison la fenêtre grande ouverte. Le cerveau vertement oxygéné, il reprend une large bolée d’iode marin lorsqu’il entame son cours magistral. Il regarde à gauche puis à droite ou l’inverse, feignant de chercher l’inspiration mais jauge plutôt subrepticement la qualité d’écoute de chacun des participants. Il sait qu’il va devoir ramener dans le cercle ceux préférant le savoir à la saveur comme ceux se dissimulant derrière l’opposition systématique, le cynisme ou le mot d’esprit à tout va. Au demeurant, il se charge de faire lui-même l’examen critique des propositions qu’il avance. On gagne du temps. Il n’assène aucune vérité, il témoigne de son expérience concrète et n’invite pas tant à la suivre qu’à s’en servir comme base d’expériences personnelles. Sa vaste culture lui autorise des synthèses originales. Le but du stage est de multiplier échanges, passerelles et ponts entre praticiens de la dilution, de la macération et de la distillation ne se fréquentant pas. Ces dames des huiles essentielles, adeptes de la phytothérapie et ces messieurs de la goutte, fervents de la cuite. Magie du lieu, à la Ferme du Vastel, cette répartition des rôles est parfois inversée : Claire, au demeurant excellente cuisinière, est distillatrice-ambulante de premier jet et certains hommes sont tentés par la distillation des simples des prés. Il est vrai, qu’en cette période de redéfinition des genres, produire des fragrances supposées féminines ou masculines est un peu old fashion, isn’t it ? Matthieu n’apprécie pas le mot « produit » suggérant des préparations lisses et trop rondes, il aime les perles baroques. Il déplore surtout que le spiritueux perde en spirituel : – Sur la place du village, il vaut mieux emprunter les passages cloutés pour aller de la pharmacie à l’église ou au bistrot. Paradoxalement , les adeptes de l’élixir, du vin de messe ou de l’apéro se boudent à l’heure actuelle. Leurs passés sont pourtant bougrement croisés. Matthieu dit encore : – In fine, seul le corps ne ment pas : dans une dégustation, l’eau-de-vie que vous avalez est meilleure que celle que vous recrachez. C.Q.F.D ! La première journée, les stagiaires sont invités à produire collectivement du calvados sur un alambic Deroy simplex de 50 litres. Le résultat est honorable. Les uns se sont risqués à luter, d’autres à la bonne chauffe. Le second jour, on procède non moins collectivement à la production d’une gélule homépathique à base de ce calvados et de myrte, cueilli la vieille dans la cour du Vastel. Entre-temps, Matthieu fait généreusement goûter ses productions maison. Éblouis, certains vont jusqu’à boire son eau de rose ! Intarissable, Matthieu explicite maintenant alchimie et spagyrie. Il avance en souriant : – Sel et sucre sont de la lumière congelée. On se surprend à tout comprendre de ses explications nettes et précises sur la pierre philosophale, la quintessence ou la pierre de vin. Logique, il parle d’or avec un réjouissant dédain de l’oseille pour l’oseille.

Benoît NOËL – Octobre 2013

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