Benoît NOËL et ses amis

The Artist et Nancy de Meritens (2012)
février 1, 2016 damir

Trois raisons de voter The Artist ou la fin du mépris ?

Ce texte, initialement publié sur la page Facebook des Éditions BVR, fut rédigé la veille des Oscars 2012. Par ailleurs, depuis cette date, le film Les Intouchables a été vu par près de 50 millions de spectateurs dans le monde.

Comme l’ont bien montré Alberto Moravia et Jean-Luc Godard, le mépris est un des sentiments déshonorant le plus la personne l’exprimant. Songez que nous survivons tous et respirons à grand peine dans l’infime meurtrière constituée par les êtres nous méprisant et ceux que nous avons la faiblesse de… mépriser.

1 : La modernité

Certains méprisent les films muets ou en noir et blanc au nom d’une conception étroite qu’ils se font de la modernité. Espérons que ce ne soient pas les mêmes qui adulent, à raison, les films de Terence Malick (La balade sauvage – 1973) ou de Jean-Pierre Melville (Le Samouraï – 1967) pour leurs dialogues minimums favorisant l’expression maximale de l’image. Par ailleurs, Le ruban blanc (Michael Haneke – 2009) ou Tetro (Francis Ford Coppola – 2009) seraient-ils de meilleurs films sans leur recours au noir et blanc ?Autrement dit, est-il limpide pour tous qu’en optant courageusement pour le muet et le noir et blanc consubstantiels à leur original projet fictionnel, Michel Hazavanicius et ses amis signent indubitablement une œuvre moderne ?

2 : Le remake

Je n’ai pas entendu dire que les studios américains projetaient un remake de The Artist. C’est en soi un hommage et un bon signe pour les Oscars de cette nuit puisque traditionnellement ces studios arguant de problèmes linguistique et culturel prétendent refaire nos succès hexagonaux… en mieux ! Quel cinéaste « hollywoodien » proclame aujourd’hui refaire ainsi The Artist ? Au demeurant, quel est le remake américain d’un film français qui vous paraisse « meilleur » sans contredit possible ? Allez, je vous aide :éventuellement Man on Fire de Tony Scott (2004 avec Denzel Washington) – remake du film homonyme d’Élie Chouraqui de 1987 avec Scott Glenn – mais certainement pas Breathless de Jim McBride (avec Richard Gere et Valérie Kaprisky – 1983), le remake déclaré d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg (1959). En ce sens, il y a fort à parier que nul remake américain de The Artist n’écorchera sous peu la réputation de ce film et… que nul ne s’en plaindra…

3 : Le comique

La comédie est un genre méprisé par l’intelligentsia française et pas seulement puisque tout un chacun n’assume pas toujours de perdre un sérieux de façade et une commode retenue. On le sait, les comédies sont boudées aux Césars mais décortiquées dans les magazines sous toutes les coutures par un aréopage d’experts dès qu’elles cartonnent au box-office, traitement de faveur auquel échappent les « films dramatiques » qui n’occupent pas jusqu’à présent ces premières places. Il est dès lors curieux que, sauf erreur de ma part, aucun de ces analystes patenté n’ait observé que les « pitch » de ces « blockbusters » soient si semblables en dépit de contextes bien différents : soit un homme du peuple se jouant d’un homme estimé « cultivé » ? C’est-à-dire André Bourvil et Louis de Funès dans La grande vadrouille (1965),  Dany Boon et Kad Merad dans Bienvenue chez les ch’tis (2008) ou Omar Sy et François Cluzet dans Les Intouchables (2011) ? Et si, tout bonnement, les succès cinématographiques populaires les plus foudroyants s’articulaient sur la revanche amicale d’un homme sorti du rang sur un homme méprisant des « upper classes » ? Et si la comédie tant décriée (ou crainte) contribuait plus explicitement qu’un autre genre à faire tomber préjugés et masques de la molle bien-pensance ? Voyez la rage démesurée entretenue contre ces films par des chroniqueurs qui se croient depuis des décennies les leaders incontestés de la pensée avant-gardiste comme si une telle substance pouvait se figer sur du papier, glacé ou pas. Et si l’homme de la rue s’identifiait enfin dans ces comédies à un authentique double si éloigné des super-héros ou dandys bourgeois sans souci du lendemain autre que leur peine de cœur, et évoluant sempiternellement dans des décors de millionnaires ? Assurément, Berthold Brecht disait en substance que le peuple surtout n’aime pas qu’on agite en tous sens le mot « populaire ». Néanmoins, nos fines lames politiques en campagne électorale ne devraient-ils pas méditer ce que nous enseigne la comédie, and even the French touch comedy, à savoir, l’inanité persistante et éternelle du mépris ?

© Benoît NOËL

Commentaires Facebook :

Nancy Guion de Meritens a commenté le 26 février 2012 à 21H09 : « Merci pour cette excellente analyse. Enfin de la prose intelligente sur Facebook ».

Françoise Noël a commenté le 1er mars 2012 à 11H08 : « Écris plus souvent, ça nous rend plus intelligent ».

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