À propos de L'Absinthe

Distilleries et Domaines de Provence (Forcalquier)
février 5, 2016 damir

Distilleries et Domaines de Provence (Forcalquier)

L’absinthe à Forcalquier et à Manosque

Jean Augier, distillateur ambulant depuis quatre générations, conseil des Distilleries et Domaines de Provence et petit-fils d’un ingénieur-constructeur d’alambic : – Dans la montagne de Lure, l’Artemisia absinthium est plus sombre que l’espèce poussant en Franche-Comté, d’apparence presque noirâtre, sans doute en raison de la nature du sol pierreux. Les bergers la distillaient pour leur consommation personnelle avec du fenouil sauvage et de l’angélique dans du marc de raisin et à l’aide d’un petit alambic installé à proximité d’une source. Désiré, mon père, évoquait toujours, la larme à l’œil, l’énorme brasier, en 1915, des plantes d’absinthe brûlées lors de l’interdiction de cet apéritif remarquable… Alors forcément, tout le monde s’est mis à en faire, à la maison, en remplaçant ou pas l’Artemisia absinthium par la centaurée…

Jean-Yves Royer, historien des Basses-Alpes, natif de Forcalquier et auteur du beau livre : Un alambic au pied des montagnes : – En raison de l’âcreté commune à l’encens et à l’absinthe, enfant de chœur, j’appelais de la même façon en occitan – « encens » – l’encens et l’armoise dont l’absinthe. Et, je me souviens très bien que mon grand-père lorsqu’il confectionnait son « pastis » artisanal recourait à la centaurée pour lui conférer l’amertume de la regrettée absinthe…

L’absinthe apéritive, est nommée en Montagne de Lure, « l’essence noire » selon Pierre Lieutaghi, le célèbre ethnobotaniste de Mane.

En 1879, l’absinthe est le produit phare du distillateur Constantin Parraud, sis boulevard des Lices à Forcalquier qui produit également un bitter, des eaux-de-vie, des liqueurs, un vermouth, et distribue vins et spiritueux. En 1882, la concurrence prend pied, boulevard Bouche, lorsque Félix Laurens crée la Distillerie des Alpes qui affiche d’emblée la couleur : Spécialité d’absinthe supérieure rectifiée, Liqueurs, Sirops, Amers et Vins fins.

Cela n’empêche pas, M. Autran, tenancier du Café des Voyageurs de s’approvisionner en absinthe suisse chez Fritz Duval (Couvet–Pontarlier) comme en atteste une traite de celui-ci de 1884 (Musée de Pontarlier).

Parallèlement, Louis Albert s’active en sa Distillerie Parisienne de Manosque. Là aussi, l’absinthe règne comme en atteste un carton publicitaire : Fabrique d’absinthe suisse, Bark au vin de Marsala, Bitter tonique, Élixir d’hysope Bas-Alpine, Liqueurs et Sirops assortis…

Paul Ferréoux, fondateur de la Distillerie de Lure et créateur du Pastis Paulanis
Sans doute, Paul Ferréoux (1878-1946) imite-t-il C. Parraud ou F. Laurens en ouvrant – ou en reprenant une affaire – fondée en 1898, boulevard Latourette, mais on n’a pas retrouvé à ce jour de bouteilles d’absinthe à son nom. Un temps, associé à son frère Anatole, il crée vers 1935, la Distillerie de Lure (angle de l’avenue Saint-Promasse et boulevard des Cordeliers) qui produit notamment :

Le Paulanis – Pastis du Jour, 45°, 1935.
Le Paulamer, apéritif à la mandarine amère

Le Rhum Pauléum vieux (Grand arôme foudré)

Le Rhum Diamant (*)
La Gentiane de Lure (16°)
Le Cap-Sport

(*) On ne sait si ce rhum doit son nom à la Pointe du Diamant du sud de la Martinique ou au cocktail mythique éponyme remontant au XVIIIè siècle : 40% de rhum, 40% de gin, 20% d’anisette.

Henri Bardouin et le Pastis Diamant
Henri Bardouin (1908-1979) et Marcel Pascal ayant repris la Distillerie de Lure après la seconde guerre mondiale, le premier commercialise, en 1951 le Diamant, « Pastis Maison, » (45°). Par ailleurs, il continue de vendre :

La liqueur de Lure

Du Génépi

Du Marc de Provence

De la Farigoule de Haute-Provence

Une Fine, dite « Charleston »

Un Triple-Sec (genre de Cointreau moins sucré)

Le Sirop de Menthe Diamant

Le Grog alpin à 30°

Du Kirsch fantaisie à 40°

Des liqueurs de noisette, de framboise…

Nous raconterons la suite (Pastis Henri Bardouin, Absente, Extrême d’Absente et Grande Absente) conduite par Alain Robert dans une publication prochaine….

Ci-contre quelques images de la distillerie, du film Bandits, Bandits (avec Bruce Willis) et des journées de formation conduites par mes soins au printemps 2009. Notamment séance de mixologie dans l’amphithéâtre de l’Université Européenne des Senteurs et Saveurs au Couvent des Cordeliers ou visite des jardins de simples du Prieuré de Salagon…

©Benoît NOËL