À propos de L'Absinthe

Les Absinthiades de Pontarlier (2010)
février 5, 2016 damir

Les Absinthiades de Pontarlier (2010)

Photographies © Benoît Noël et Jean-Claude Uzzeni

Depuis Livarot (Calvados), ma route pour Pontarlier passe par La Cantada (13, rue Moret – 75011 Paris), l’ultime Rock Bar et sa belle carte d’absinthes. Direction, le Cabaret du Néant. Ce soir là, Luc Weissmüller, accompagné par Florestan Boutin au piano, régale d’un pot pas pourri de rengaines et de scies du XIXè siècle. On y croise Paulus et son Général Boulanger rev’nant de la revue et un réjouissant Métingue du Métropolitain (pour Meeting du Métro) par Maurice Mac-Nab. Parfois, Luc offre en prime en toile de fond d’originaux dessins animés. « Originaux » car singuliers et de surcroît entièrement de sa main. Chapeau l’artiste ! Bref, vous m’avez compris, la programmation culturelle de La Cantada est intense et festive. L’accueil du boss, Mickey, excellent. Courez-y !

La route est longue et je ne résiste pas à une pause afin de revoir la maison de Jean Cocteau à Milly-la-Forêt désormais transformée en musée grâce au mécénat de Pierre Bergé, également bienfaiteur des maisons Émile Zola et Pierre Mac Orlan. J’ai eu la chance d’y entrer en 1992 à l’invitation d’Édouard Dermit, fils adoptif du poète. J’étais venu emprunter le fameux tableau chromolithographique de Charles Maire pour la firme Pernod en vue de l’exposition L’Absinthe, mythe et réalité que je montais au Musée Fournaise de Chatou (Yvelines). L’érudit Pierre Chanel, éditeur notamment du Journal de Cocteau (Le passé défini) m’avait alors communiqué par deux lettres des 19 et 24 août, le détail des parutions (Paris-Match, Du et Das Haus des Dichters) dans lesquelles le poète avançait en exagérant quelque peu : « Cette réclame de l’absinthe Pernod fut à l’origine des toiles cubistes ». Il n’empêche, ce tableau-chromolithographique est aujourd’hui bien en vue dans le bureau de Jean Cocteau et qui mieux est, un verre et une bouteille d’absinthe sur un plateau ornent le bureau de bois proprement dit. Ce musée est pure merveille et j’aime à y entendre Cocteau interviewé en 1964 pour la télévision par Roger Stéphane dire de Pablo Picasso : – Son génie éclatait de partout comme l’eau jaillit de la pomme de l’arrosoir. Dans la foulée, je me rends en pèlerinage à la Chapelle des Simples aux murs peints par Cocteau. On y admire la gentiane et la fameuse menthe de Milly et dans le Conservatoire des Simples cernant la chapelle, j’ai tôt fait de repérer l’Artemisia absinthium…

Aux Absinthiades, j’ai la bonne fortune de pouvoir présenter, grâce à la confiance de Marianne et Daniel Leroux, un numéro spécial de la revue franc-comtoise, La Racontotte, entièrement dévolu à l’absinthe. Les Absinthiades sont également l’occasion de revoir des amis. Nicolas Giger, président de l’association Pays de l’absinthe Pontarlier-Val de Travers me fait déguster son absinthe personnelle : La Vy aux Moines (belle étiquette signée Freddy Mougin) et un excellent Vin d’absinthe, une version adoucie de celle concoctée pour les premières fêtes de Boveresse. La Vy aux Moines est également le nom du sentier d’une balade à faire entre le monastère de Montbenoît (République du Saugeais) et le château de Môtiers (sur Suisse). Nicolas Giger me tend également le guide fraîchement imprimé des Absinthes du Val-de-Travers, édité par l’Association interprofessionnelle de l’absinthe helvète. Ils sont dix-sept à défendre l’authentique bleue et à recevoir sur RDVS ou pas. Luc Liébelin mène des recherches sur les distilleries de la Haute-Saône, il a bien raison, ce dossier est insuffisamment documenté. Yannick Prodhomme et Patrice Roussel, toujours sur la brèche, ont déniché un exceptionnel Prix-Courant des Absinthes Supérieures Extra-Purifiées Bailly (Ornans & Montgesoye – Doubs), On y trouve des publicités rares sur une fontaine, une cuillère et un brouille-absinthe. Citons aussi, un magnifique calendrier Absinthe Bourgeois (1902) ou une assiette publicitaire pour le journal Le Rappel sur laquelle apparaîssent l’absinthe et le vermouth. Le jeune dessinateur Pierre Parisato accepte d’enrichir ma collection de dessins sur l’absinthe d’une composition personnelle qu’on trouvera en illustration de cet article.

L’imaginatif Hans-Peter Fuss présente notamment L’absinthe Lautréamont Chant Premier (66,6°), un moyen terme entre les versions amères appréciées outre-Rhin et les douces plus prisées par ici. L’idée est bonne, le calcul juste, les proportions parfaites. Lautréamont Chant Premier ne bénéficie-t-elle pas aussi de la patte, de la griffe et du savoir-faire d’un orfèvre du Vallon chez qui elle est produite à façon ? À la surprise générale (mais pas de la mienne) elle sera sacrée Cuillère d’Or des Absinthiades en catégorie colorée. Sachant que les chants de Lautréamont sont au nombre de six, Hans-Peter et son distillateur n’ont peut-être pas fini de nous étonner et éblouir. David Nathan-Maister, en déplacement, n’est pas de la fête. Il n’échappe pourtant à personne qu’il vient de consolider son entreprise en développant son partenariat avec la Distillerie Émile Pernot et en confirmant clairement Antoine Génereau à la distribution de ses produits et Marc Thuillier à l’animation de son site.

La Distillerie Pierre & François Guy, auréolée de ses Médailles d’Or du Concours agricole ne désemplit pas et connaît un week-end de folie. Les démonstrations des artisans médiévaux séduisent un public toujours plus large et on se demande ce qu’il en serait si Maître François venait à ouvrir, à proximité, un Musée de la Fée Verte ? Il en va de même à la Distillerie Pernot (La Cluse-et-Mijoux) où le Club des Collectionneurs de Cartes Postales du Haut-Doubs offre une rétrospective très dense des alcools franc-comtois. Un complément bienvenu soit dit en passant à notre numéro spécial de la Racontotte. La salle d’exposition prêtée au Club n’est autre que l’ancienne Salle des Fêtes de la commune faisant désormais partie intégrante de la distillerie. Celle-ci dispose en outre de nombreuses et vastes salles qui pourraient elles aussi être converties en un musée. L’équipe dirigeante étudie actuellement plusieurs propositions. Lorsque je passe à la distillerie, le lundi matin, Florence et Dominique Rousselet savourent la Cuillère d’or décernée à l’Absinthe Fontaine blanche et celle d’argent revenue à la Berthe de Joux (catégorie colorée) tout en regrettant qu’une nouvelle fois, Pierre Dornier ait minoré dans L’Est Républicain, cette double consécration.

Le dimanche après-midi, j’accepte trois secondes avant le début de la Vente aux enchères dont une partie des gains ira soutenir la recherche médicale, de commenter les lots. L’ami Markus Lion y achètera, 2 900 Euros, un très bel exemplaire de l’affiche Terminus (Tamagno – 1895) figurant Constant Coquelin et Sarah Bernhardt. À cet égard, je porte ici à l’attention de tous, les preuves imagées inédites m’ayant permis d’affirmer que c’est bien le comédien Dailly qui figure sur le célèbre placard publicitaire de l’Absinthe Cusenier. Voyez la photographie anonyme et la caricature par Alfred Le Petit de Dailly dans le fameux rôle de Mes Bottes, comparse de l’adaptation théâtrale du roman L’Assommoir d’Émile Zola par William Busnach et Octave Gastineau (Théâtre de L’Ambigu-Comique – Paris – 1879). Les lecteurs intéressés par les différentes mises en scène de l’Assommoir peuvent par ailleurs se reporter quant à Gil-Naza et Lucien Guitry à mon livre Parisiana et mes articles dans la revue le Pays d’Auge ou la Racontotte.

Le vendredi soir, je mange dans la grande salle de la Brasserie de la Poste avec la bande de Marc Thuillier dont Stevan et Adrien. Gaëtane est aux platines et à proximité, une jeune fille, aux allures de fée verte… enterre sa vie de… jeune fille. Le lendemain, la présence d’Aurore Maugain (Miss Doubs 2009) et d’Estelle Diop (Miss Franche-Comté 2009) de bon naturel égayent la journée achevée en beauté par le cabaret tzigane Spakr et les irremplaçables sèches d’une dame discrète de grande classe que reconnaîtront ses fans. Je glisserai sur l’after-after-after de dimanche durant laquelle la douce Claire et une bande d’allumés dont Sevil Demir et Rogerio Iragashi mirent le feu à l’appartement de Gaëtane !

© Benoît NOËL