À propos de L'Absinthe

Des Absinthiades 2010 aux Absintheries
février 6, 2016 damir

DES ABSINTHIADES 2010 AUX ABSINTHERIES

Même si l’on a été des 9 éditions, les Absinthiades offrent toujours des plaisirs rares. Ne serait-ce que le plaisir d’avoir fait la connaissance de Zoe Griffin, blogueuse hype des nuits londoniennes. On croise aussi, à Pontarlier, des personnes authentiques, tels Antoine Génerau et sa complice Alexia Lorson. D’avoir travaillé à la boutique Die Grüne Fée d’Hans-Peter Fuss (Heidelberg) a permis à Antoine d’acquérir tôt une vraie connaissance des absinthes recommandables. Vous pouvez donc vous fier à ses papilles affûtées et passer commande sur www.RueVerte.fr Vous y découvrirez notamment la maligne exclusivité maison, les coffrets Absinthexplore.

Autre magasin à visiter, si vous êtes cette fois de passage dans le sud de la France, Ambiance anis au Castellet (Var), village célèbre pour le circuit automobile Paul Ricard. Agnès et Joël Salmon vous donnent également RDVS sur le site : www.ambiance-anis.com Les absinthes de Fougerolles (Haute-Saône) y sont bien représentées (3, rue de l’Aube, 83330 Le Castellet, Tél : 04 94 05 43 84).

Le docteur Jean-Pierre Luauté est monté de Romans-sur-Isère présenter et dédicacer sa Bible sur la marque Premier-Fils : Premier-Henry – Une dynastie de distillateurs romanais (Romans-sur-Isère et Auvers-sur-Oise, APEDP et Musée de l’Absinthe, 2009). Un travail rigoureux signé par un esprit réellement scientifique déjà co-auteur ou auteur des remarquables synthèses : Toxicité neuropsychiatrique de l’absinthe – Historique, données actuelles (Annales Médico Psychologiques, N°163, 2005) et L’absinthisme : la faute du docteur Magnan (L’Évolution psychiatrique, N°72, 2007). Cet ouvrage est notamment en vente à la boutique Vert d’absinthe et sur le site http://absinthepremier.com/

Marta and Michal Sikorski s’emploient à faire connaître l’absinthe en Pologne. Nous irons leur rendre visite tôt ou tard : Absynt Alkohole, ul Meander 16 02-791 Warszawa, pon.-ndz. 11.00-22.00, Tél : 501 572 834 507 196 73, zamowienia@absyntsklep.pl

Nathalie et Christian Dunoyer ont créé à Genève, L’Académie de l’absinthe. Ils organisent des séances de dégustation comme récemment avec Olivier Matter (Absinthe Duplais, Kallnach en Suisse alémanique). Leur site est en construction mais d’ores et déjà très recommandable : www.academiedelabsinthe.com/

Venu moi-même de loin et en l’occurrence du Calvados (Basse-Normandie), je ne me rends jamais à Pontarlier sans passer aussi quelques jours au Val-de-Travers. Jean-Jacques Charrère est une personnalité du lieu quand bien même il n’y habite plus depuis 2000 se partageant entre une péniche hollandaise, basée en France et la Suisse. Hélas, journaliste durant trente ans à l’Impartial, au Journal La Suisse, au Journal de Genève, puis au Temps, il est lui-même réfractaire à l’interview et c’est le seul « vallonnier » avec lequel je n’ai pas eu d’authentiques entretiens. Notamment contacté autrefois par un journaliste de l’excellente émission télévisée belge Strip-Tease souhaitant filmer une cuite clandestine, j’avais sollicité Jean-Jacques Charrère qui avait décliné l’offre. Dommage, quand on sait l’usage réservé à une séquence analogue par les « reporters » de National Geographic T.V (2005) en dépit des moyens déployés par Emmanuel Wüthrich (dit, Beate), Nicolas Tripet, un distillateur privé et moi-même. Il demeure, tout de même de cet épisode, une belle photo dans un reportage de l’édition allemande du magazine Géo (2005). Jean-Jacques, petit-neveu de la mythique Malotte des Bayards, est aussi le digne rejeton de ses parents, distillateurs sous le manteau. La recette de la Marta, sa mère d’origine italienne, précise que « l’absinthe doit couler comme un fil » au bec de l’alambic. Georges Droz n’évoquait-il pas dans Feu… l’absinthe (Éditions de la Prévôté, 1973) « l’aiguille à tricoter » de la Mère Henriod ? L’absinthe de la Marta est blanche puisque clandestine mais elle recourt tout de même pour les « parfums » à de la réglisse puis à un peu de petite absinthe, de mélisse, de menthe et de grains de coriandre. Aujourd’hui, les absinthes DuVallon (l’ancien pseudonyme de Charrère au Courrier) se distinguent toujours par certains de ces précieux arômes et également par la charte graphique de leurs étiquettes, toutes signées par… la fille de Jean-Jacques. Luc Rodriguez (Vert d’Absinthe) vend la colorée Veuve Verte (68°) et Blandine (65°), une absinthe riche en anis vert et moins en fenouil pour se conformer à… l’actuelle norme française… Jean-Jacques précise : « Nous produisons un peu plus de 500 litres par année pour le plaisir et pour perpétuer la tradition familiale. Mais l’été, je transporte désormais des passagers sur le canal du Midi »… Son site très documenté n’est plus vraiment à présenter aux experts de la bleue : www.absinthe-duvallon.com/

Daniel Guilloud s’emporte volontiers contre un distillateur genevois prétendant être sorti du bois quoique dans le même temps flic, deux activités non… solubles dans l’alcool. Il est vrai que cet ancien commerçant en audiovisuel de Fleurier n’a pas à prouver ses quartiers de noblesse comme le gars René Wanner… Daniel est intarissable sur la période de la prohibition : « Dénoncé par un jaloux de ma double casquette, je vendais des TV et des litres en masse, la police frappe à ma porte un dimanche matin de 2001. Je croyais que c’étaient les Témoins de Jéhovah, surprise, surprise… Plus sérieusement, j’estime avoir innové, en n’utilisant que des bouteilles neuves pour le respect de l’hygiène et surtout j’ai voulu qu’elles soient identifiables avec leur bouchons en plastique blanc ou l’étiquette du Guguss si populaire jusqu’en Suisse alémanique. ». Aujourd’hui, Daniel bichonne sa cave, régale une clientèle très contrastée et rêve à une nouvelle recette avec son fils. J’ai personnellement promis de ne pas en révéler le nom mais ils la promettent « à couper le souffle » ! (Cave Celle à Guilloud, 2114 Fleurier (à côté de la Migros), Tél : 079 568 52 35).

Pierre-André Stauffer (Couvet) a passé dix ans dans le bois ou l’ombre comme on voudra. – « C’était bien que ça s’arrête, j’ai deux enfants et je ne voulais pas y laisser ma santé. La clientèle n’était pas toujours discrète et certains voulaient boire à l’œil toujours plus de tournées en compagnie de leur fournisseur préféré. L’hygiène n’était pas non plus toujours de mise chez tous les clandestins mais il est certain que la légalisation a enlevé le piment de l’interdit. Vous trouvez aujourd’hui des gens qui dédaignent le produit légal sur lequel ils ne tarissaient pas d’éloges lorsqu’il était prohibé. » Si Daniel Guilloud claironne avoir repris jusqu’ici la recette de la Malotte, Pierre-André Stauffer déclare la sienne secrète, inconnue même de sa femme ou de son fils et conservée dans un coffre bancaire. Un rapide coup d’œil sur les sacs et pots de son atelier révèle néanmoins qu’il emploie de l’anis de Pologne, de la badiane, de la grande absinthe, de la mélisse citronnée, de l’hysope, de la petite absinthe, des racines de réglisse, de la menthe poivrée, de l’angélique ou des grains de coriandre. Pierre-André affirme avoir toujours « estimé que l’absinthe doit plaire aux hommes comme aux femmes. ». C’est pourquoi sa blanche « Absinthe 55° » se révèle nullement agressive au palais et plus ronde que brutale. Dans le jardin, il peut recueillir de l’eau d’une source qui servit, autrefois, à la maison Berger. Employé de la pharmacie Gilbert Bourquin depuis 1972, Pierre-André travaille en étroite relation avec son patron. Longtemps, des habitués sont venus acheter dans cette officine l’alcool et les plantes nécessaires à l’élaboration maison d’un bleue. Ils réclamaient alors au préparateur « leur dose pour une P’tite ». Nous achetons pour notre part, à titre de curiosité, de la Tisane Sidroga à l’Aa. Puis, Pierre-André Stauffer nous emmène successivement au grenier et au sous-sol de la pharmacie soit du XIXè siècle à l’époque New-Age. Nous découvrons d’abord une superbe apothicairerie qui semble avoir abrité plus d’un intime apéro puis une vaste salle voûtée de dégustation à louer pour des soirées privées. La décoration combine harmonieusement lustre vénitien et lignes high-tech. Cinq litres d’absinthe ont été dilués dans la chaux des murs blancs écrus. Bref, dans un autre genre, un lieu en tous points digne du mythique Café de la Raisse dont nous formons ici des vœux pour une prompte sauvegarde (Pierre-André Stauffer, Case Postale 135, Couvet, Tél : 079 425 9150).

Si je quitte Couvet pour Môtiers sans évoquer Artemisiana, Claude-Alain Bugnon va me foudroyer mais ce malin entre les malins a-t-il encore besoin de publicité ? L’homme est charismatique et ses produits d’excellence trustent légitimement les prix. On croise ses bouteilles des États-Unis au Japon et je reproduis ici, à titre de clin d’œil, une édition limitée pour le Yacht Absinthe ou la belle étiquette d’Alexandra Delalle pour une autre série en gestation pour Patrick Pasky. Artémisophile, Patrick est spécialiste du jouet ancien (site Le Village du Jouet) et auteur de la vie romancée d’une femme à barbe qui tint un café où l’ambroisie verte coulait à flots (Clémentine, une femme au poil, Remiremont, le Village du Jouet, 2008). Toutefois, je ne saurais oublier davantage Gaudentia et Jean-Michel Persoz, les artisans déterminés de La P’tite et anciennement distillateurs du fameux « Crabe », la bestiole qui marche… de travers… J’ai bien évidemment un faible pour leur Absinth’Love (69°) et vous retrouverez dans la section « Boveresse 2009 » des images de leur stand et de leur gamme complète d’absinthes.

L’Absintherie du Père François (Môtiers) face aux ateliers d’Yves Kubler (son absinthe est particulièrement bien diffusée en Basse-Normandie via le Groupe Diwisa notamment propriétaire du Calvados Château du Breuil) se révèle embellie à chacune de nos visites. Il y a là, deux fastueuses huiles sur toile honorant la bleue ou une étonnante affiche Extrait d’absinthe J. Ammann (Fleurier) ici reproduite pour le plaisir des yeux. Néanmoins, c’est l’accueil si chaleureux de François Bezencon qui surclasse le tout, sa faconde, et ses mille anecdotes sur la Fée distillées au fil de voluptueuses rincettes et surrincettes maisons… Aujourd’hui encore, mes amis Cathy Ytak et Éric Coulaud, du voyage, m’assurent n’être pas complètement redescendus de ce petit nuage…

Ancien horloger, Willy Bovet (5, rue de la Gare, Môtiers) travaille notamment d’après la recette que lui a communiqué Robert Bobillier et avec un alambic fabriqué par Roland Thonney. Ses étiquettes des temps héroïques sont le célèbre chat Bourgeois et la dame jaune et verte ci-contre (La Véritable 52°). Willy cultive lui-même grande et petite absinthe, mélisse, hysope et menthe. Il les fait sécher, nouées en javelles dans des greniers convenablement ventilés et étudie avec le même soin vieillissement et coloration en fûts de chêne. Willy commercialise trois absinthes différentes : la douce Le Chat (54°), la plus amère Tradition (65°) et Nostalgie (54°) une absinthe légèrement colorée par un séjour en fût de chêne et conservée dans une bouteille opaque …

© Benoît NOËL